Un constat de vulnérabilité
La capacité de l’Union européenne à assurer sa défense à l’horizon 2030 demeure incertaine. C’est la conclusion rendue le jeudi 3 septembre par la Cour des comptes européenne. Bien que des progrès aient été accomplis depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, plusieurs obstacles majeurs entravent encore la préparation militaire. Marek Opiola, responsable du rapport, pointe notamment un manque de coordination entre États ainsi qu’une dépendance qui persiste vis-à-vis des États-Unis.
Des infrastructures inadaptées
L’organisation actuelle souffre d’une fragmentation importante. Un exemple concret concerne la mobilité militaire : si l’Union devait déplacer du matériel lourd ou des troupes, les infrastructures de transport comme les ponts, les tunnels ou les voies ferrées ne sont pas toutes en mesure de supporter le poids et la largeur des équipements modernes. Cette situation impose des besoins de modernisation cruciaux.
La gestion des ressources est également au cœur des préoccupations. Kinga Wisniewska-Danek, haute fonctionnaire à la Cour, souligne le risque de chevauchement entre les différentes sources de financement, telles que le mécanisme pour l’interconnexion en Europe ou le Fonds européen pour la compétitivité. Selon elle, il est nécessaire de dépenser mieux plutôt que simplement dépenser plus, en évitant les doublons et en introduisant davantage de flexibilité dans les processus décisionnels, souvent trop rigides.
Une base industrielle affaiblie
Le rapport déplore un sous-investissement chronique ayant affaibli la base industrielle et technologique de défense. Cette faiblesse se traduit par des difficultés opérationnelles, des stocks limités et des goulets d’étranglement dans la production. À titre d’exemple, le projet SCAF, visant la construction d’un avion de chasse commun entre la France et l’Allemagne, a été abandonné en raison de désaccords sur sa gouvernance, illustrant les difficultés de coopération.
Toutefois, la Cour note une augmentation des dépenses de défense entre 2020 et 2025. Concernant les acquisitions, entre février 2022 et juin 2023, 78 % des achats provenaient de sources hors Union européenne, dont 63 % auprès des États-Unis. Si l’achat extérieur peut être justifié par des besoins urgents, la Cour insiste sur l’impératif de développer des capacités essentielles à long terme au sein même de l’Union. Enfin, la transposition des priorités européennes dans les politiques nationales reste un défi, la défense demeurant une prérogative des États membres.
— Caricat-media.org

